Avec l’essor de la livraison, une question revient souvent en contrôle ou en cas d’incident :
Qui est responsable si un client tombe malade après une livraison ?
Le restaurant (CHR) ? La plateforme ? Le livreur ?
La réponse est claire en droit sanitaire : la responsabilité est partagée, mais séquentielle.
Chacun est responsable de la partie de la chaîne qu’il maîtrise.

🧩 Le principe fondamental : la responsabilité suit la maîtrise
En sécurité alimentaire, la règle est simple :
Celui qui a la maîtrise du produit à un instant T est responsable de son état sanitaire à cet instant.
La chaîne se découpe donc en trois maillons.
1) Le CHR (restaurant, dark kitchen, hôtel) — Responsable jusqu’à la remise au livreur
Le professionnel qui prépare le plat est responsable de :
- La conformité des matières premières
- Les bonnes pratiques d’hygiène (HACCP)
- La cuisson, le refroidissement si besoin
- Le conditionnement adapté à la livraison
- L’étiquetage (allergènes, DLC interne, identification)
- La température au moment du départ
- La protection contre les contaminations (emballage fermé, scellé)
👉 Si le plat part déjà non conforme (température, hygiène, emballage inadapté), la responsabilité est clairement celle du CHR.
2) La société / plateforme de livraison — Responsable pendant le transport
Dès que le livreur prend en charge le sac, la responsabilité change de mains.
La société de livraison (ou le livreur mandaté) devient responsable de :
- Le respect de la chaîne du chaud ou du froid pendant le transport
- L’utilisation de sacs isothermes adaptés
- Le délai de livraison raisonnable
- L’absence de rupture de charge (ouvrir, manipuler, poser au soleil, etc.)
👉 Si le plat était conforme au départ mais arrive froid, tiède ou contaminé :
la responsabilité est du transporteur.
3) Le client — Responsable après la remise
Une fois le produit livré :
- Si le client laisse le sac 2 heures sur la table avant de consommer,
- S’il réchauffe mal,
- S’il conserve mal,
👉 La responsabilité n’est plus celle du CHR ni du livreur.
⚠️ Le point critique : la preuve
En cas d’alerte sanitaire, la vraie question devient :
Pouvez-vous prouver que le plat était conforme au moment où vous l’avez remis au livreur ?
Sans preuve, la responsabilité retombe très souvent sur le restaurant.
✅ Les protections indispensables pour un CHR qui fait de la livraison
1) Emballage adapté et scellé
- Barquettes fermées
- Sacs scellés (tamper-evident)
- Protection contre les manipulations
2) Température maîtrisée au départ
- Plat chaud ≥ 63 °C
- Plat froid ≤ 4 °C
3) Étiquetage interne
- Heure de départ
- Identification du plat
- Allergènes si nécessaire
4) Procédure écrite de remise au livreur
Une mini check-list :
- Sac isotherme présent ?
- Temps estimé de livraison ?
- Remise rapide ?
5) Traçabilité
Noter :
- Heure de départ
- Numéro de commande
- Plateforme / livreur
📌 Ce que regardent les services de contrôle (DDPP)
Lors d’un contrôle suite à plainte client :
On ne demande pas :
« Qui est le livreur ? »
On demande :
« Montrez-moi vos procédures de départ en livraison. »
Si elles n’existent pas, le CHR est considéré comme défaillant.
🎯 Exemple concret
Un client déclare une TIAC après une livraison.
- Le restaurant ne peut pas prouver la température au départ
- Pas d’emballage scellé
- Pas de procédure
👉 La responsabilité sanitaire sera très probablement retenue contre le CHR.
🧠 Résumé clair
| Moment | Responsable | Doit garantir |
|---|---|---|
| Préparation & départ | CHR | Hygiène, température, emballage, traçabilité |
| Transport | Livreurs / plateforme | Chaîne du chaud/froid, délai, intégrité |
| Après remise | Client | Conservation, réchauffage |
✅ Conclusion
La livraison ne transfère pas la responsabilité du restaurant.
Elle la prolonge jusqu’au moment précis où le produit est remis au transporteur.
Sans procédure, sans preuve, sans emballage adapté :
👉 le CHR reste le premier responsable en cas de problème sanitaire.













