La sécurité incendie dans les CHR (Cafés–Hôtels–Restaurants) : guide complet, précis et opérationnel

La sécurité incendie en CHR, c’est un mix de réglementation (ERP), de prévention au quotidien, de moyens techniques (alarme/SSI/extincteurs), de formation du personnel, et de tenue documentaire. L’objectif est simple : éviter le départ de feu, détecter vite, donner l’alerte, évacuer, et limiter la propagation.

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Formation sécurité incendie - FJ2L prévention sécurité

1) Les CHR sont des ERP : ce que ça change

Un café, un hôtel ou un restaurant recevant du public est un Établissement Recevant du Public (ERP). En France, les ERP sont classés selon :

  • Le type (activité) :
    • N : restaurants / débits de boissons
    • O : hôtels / pensions de famille
  • La catégorie (1 à 5) selon l’effectif admissible (public + personnel).
  • Le “type d’exploitation” (présence de locaux à sommeil, sous-sol, terrasse chauffée, etc.) qui influence les exigences.

➡️ Concrètement : les règles incendie sont plus strictes qu’un simple local professionnel, et votre établissement peut être soumis à visites (commission de sécurité, SDIS, mairie/préfecture selon cas), et à des obligations de contrôles périodiques.


2) Les risques incendie typiques en CHR (et pourquoi ils sont “piégeux”)

Restaurants / bars

  • Cuisine : friteuses, huiles, hottes grasses, flambage, fours, planchas, gaz.
  • Hottes et conduits : accumulation de graisse → feu de conduit très violent.
  • Électricité : multiprises, équipements de cuisson, frigos, machines à café.
  • Décors et aménagements : matériaux combustibles, tentures, faux plafonds.
  • Stock : cartons, alcool, produits d’entretien mal stockés.

Hôtels

  • Locaux à sommeil : la priorité devient l’alerte et l’évacuation de personnes endormies.
  • Lingerie / buanderie : sèche-linge, plis de textiles, échauffements.
  • Chaufferies / locaux techniques, colonnes électriques, VMC.
  • Fumeurs / cigarettes, bougies, chargeurs, batteries (trottinettes/velos).

➡️ Le point commun CHR : beaucoup d’ignitions possibles + présence de public (parfois vulnérable) + propagation rapide (graisses, textiles, gaines).


3) Les grands principes réglementaires à maîtriser (sans jargon)

A) Détecter, alerter, évacuer

  • Détection (selon configuration) : détecteurs automatiques, déclencheurs manuels.
  • Alerte : alarme audible (et parfois report/consignation).
  • Évacuation : cheminements, sorties, éclairage de sécurité, signalisation.

B) Limiter la propagation

  • Compartimentage : portes coupe-feu, fermetures automatiques, isolement des risques.
  • Désenfumage : exutoires, ouvrants, commandes (indispensable pour évacuer et faciliter l’intervention).
  • Réaction au feu des matériaux : classements, choix des revêtements.

C) Permettre l’intervention des secours

  • Accès pompier, plans, visibilité des commandes, coupures gaz/élec.
  • Moyens de secours : extincteurs, RIA selon cas, colonnes, etc.

4) Obligations concrètes : ce qu’un établissement doit avoir “physiquement”

Les exigences exactes dépendent du type (N/O), de la catégorie, de la présence de sommeil, des surfaces, niveaux, sous-sols… Mais voici le socle CHR.

4.1 Extincteurs : le minimum vital

En pratique, on retrouve presque toujours :

  • Extincteurs à eau pulvérisée + additif (polyvalents sur feux “A”/“B” : bois, cartons, liquides…)
  • Extincteurs CO₂ (idéal sur risques électriques, frigos, TGBT, informatique)
  • Extincteur “classe F” (feux d’huiles et graisses) près des friteuses s’il y a friture.
  • Implantation : visibles, accessibles, signalés, et adaptés au risque (cuisine ≠ salle ≠ local électrique).

✅ Bon réflexe : cartographier vos risques par zone (cuisine, bar, réserve, local électrique, chaufferie, chambres) et affecter le bon type d’extincteur.

4.2 Système d’alarme / SSI : de “simple” à “structuré”

Selon la taille/risque :

  • Alarme type 4 (boîtier + diffuseur) fréquente en petits ERP.
  • SSI plus complet : détecteurs, centralisateur, asservissements (portes coupe-feu, désenfumage…).

➡️ Dans les hôtels (locaux à sommeil), l’exigence d’alarme/SSI est généralement plus élevée.

4.3 Éclairage de sécurité (BAES) et signalisation

  • BAES pour guider vers les sorties en cas de coupure.
  • Pictogrammes sortie, extincteur, DM (déclencheur manuel), etc.

4.4 Désenfumage

Très souvent requis dès que :

  • il y a des circulations, escaliers, sous-sols, grands volumes, etc.
    Le désenfumage est l’un des points les plus contrôlés car il conditionne la survie lors de l’évacuation.

4.5 Cuisine professionnelle : hotte, conduits, gaz

  • Nettoyage régulier des filtres de hotte (quotidien/hebdo selon usage).
  • Dégraissage des conduits par société spécialisée selon périodicité (souvent plusieurs fois/an selon intensité).
  • Coupure gaz accessible + procédures.
  • Matériel conforme, flexibles, détendeurs, ventilation.

5) Le “cœur” de la prévention : l’organisation et les routines

5.1 Le plan de prévention interne (simple mais réel)

Créez une page A4 qui dit :

  • qui fait quoi (référent incendie, suppléants),
  • où sont les coupures (gaz/élec),
  • où sont les extincteurs et DM,
  • comment appeler les secours,
  • quel scénario cuisine / salle / chambres.

5.2 Rondes et vérifications

Checklist hebdo / mensuelle :

  • issues non condamnées,
  • dégagements non encombrés,
  • portes coupe-feu fonctionnelles (fermeture),
  • BAES testés,
  • extincteurs présents + pression OK,
  • local poubelles / cartons maîtrisé.

5.3 Gestion des combustibles et des produits

  • Cartons : pas d’accumulation près des sources chaudes.
  • Produits inflammables (solvants, aérosols) : stockage ventilé / séparé.
  • Linge : éviter les “tas chauds”, surveiller sèche-linge.

5.4 Électricité : la cause silencieuse

  • Éviter multiprises en cascade.
  • Contrôles réguliers, matériel pro.
  • Débrancher certains appareils hors service.
  • Attention aux chargeurs et batteries laissés en charge (surtout en hôtel).

6) Formation du personnel : ce qui sauve vraiment quand ça part

6.1 Consignes claires et répétées

Chaque salarié doit savoir :

  • déclencher l’alarme,
  • appeler les secours,
  • guider l’évacuation,
  • utiliser un extincteur si feu naissant,
  • ne jamais mettre d’eau sur feu de graisse,
  • fermer portes/arrêter gaz si possible sans se mettre en danger.

6.2 Exercices d’évacuation

  • Réguliers (rythme à définir selon activité/obligations).
  • Scénarios réalistes : feu de friteuse, feu de hotte, fumée en couloir d’hôtel.

6.3 Cas critique : feu de friteuse

Procédure simple :

  1. couper la source de chaleur (gaz/élec),
  2. couvrir / étouffer si possible,
  3. utiliser classe F,
  4. évacuer si propagation,
  5. ne pas déplacer la friteuse, ne pas jeter d’eau.

7) Contrôles, maintenance, registres : la partie “paperasse” qui coûte cher si elle manque

7.1 Le registre de sécurité

Document obligatoire dans la majorité des ERP, qui contient :

  • vérifications périodiques (extincteurs, alarme, désenfumage, électricité, gaz…),
  • travaux et modifications,
  • formations et exercices,
  • observations et levées de réserves.

7.2 Maintenance périodique (exemples fréquents)

  • Extincteurs : vérification annuelle + maintenance réglementaire.
  • Alarme/SSI : tests périodiques.
  • Désenfumage : essais, maintenance.
  • Électricité : vérifications selon obligations et assureur.
  • Hottes/conduits : entretien planifié et traçable.

➡️ Sans traçabilité, même si “tout marche”, vous vous exposez à :

  • réserves en commission,
  • mise en demeure,
  • difficultés d’indemnisation assurance en cas de sinistre.

8) Le rôle de l’assurance (et le piège classique)

Les assureurs demandent souvent :

  • conformité ERP,
  • maintenance documentée,
  • suppression des non-conformités,
  • parfois des exigences supérieures au minimum réglementaire.

Piège fréquent : avoir le matériel, mais pas les rapports d’entretien, ou des réserves non levées.


9) Check-list opérationnelle CHR (à copier-coller)

Cuisine / production

  • Extincteur classe F accessible (si friture)
  • Hottes : filtres propres + planning de dégraissage conduits
  • Coupure gaz accessible + connue
  • Pas de cartons/alcool près des feux
  • Procédure feu de graisse affichée

Salle / bar

  • Issues libres + signalisation OK
  • BAES testés
  • Extincteurs visibles (eau + CO₂ selon zones)

Hôtel / chambres / circulations

  • Déclencheurs manuels accessibles
  • Portes coupe-feu fonctionnelles
  • Désenfumage testé
  • Consignes client affichées (évacuation)

Technique / administratif

  • Registre de sécurité à jour
  • Rapports de maintenance archivés
  • Formation manipulation extincteur planifiée
  • Exercice évacuation réalisé et consigné

10) Stratégie “zéro surprise” en contrôle : méthode simple en 30 jours

  1. Semaine 1 : audit terrain (dégagements, issues, extincteurs, BAES, affichages)
  2. Semaine 2 : audit documentaire (registre, rapports, contrats maintenance)
  3. Semaine 3 : correction rapide (signalétique, repositionnements, remplacement matériel)
  4. Semaine 4 : formation + exercice + mise à jour registre

11) Points sensibles et erreurs fréquentes (ce qui se voit tout de suite)

  • Extincteurs masqués, posés au sol, non signalés.
  • Portes coupe-feu maintenues ouvertes sans système conforme.
  • Couloirs encombrés (cartons, linge, mobilier).
  • Hottes/conduits jamais dégraissés “en profondeur”.
  • Registre de sécurité inexistant ou vide.
  • Personnel qui ne sait pas où couper le gaz.
  • Confusion sur l’usage des extincteurs (CO₂ vs eau vs classe F).

Conclusion

En CHR, la sécurité incendie n’est pas “un dossier” : c’est une discipline quotidienne appuyée par des moyens techniques et une traçabilité. Le meilleur établissement, ce n’est pas celui qui a “tout acheté”, c’est celui qui :

  • réduit ses risques (cuisine/électricité/stockage),
  • entretient ce qui doit l’être (hottes, SSI, désenfumage),
  • entraîne ses équipes (réflexes simples),
  • et tient un registre propre.

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